- Rex et moi -
Présentation de l'éditeur :
Mon avis :
Rex et moi est un album qui aborde avec finesse mais aussi une certaine rudesse dérangeante (un bémol que j'explique plus bas) les rapports humains entre enfants, à travers l’univers fascinant des dinosaures. Une lecture dense, qui parle d’amitié, de différence, de solidarité et d’entraide.
Et quel univers ! Celui que les enfants adorent : des petits compsognathus vifs et malins, un T-Rex légendaire à la réputation terrifiante, des brachiosaures majestueux, des tricératops impressionnants… De grandes pages illustrées, imposantes, donnent à voir ce monde préhistorique avec force et profondeur.
Mais derrière les écailles et les dents acérées, c’est bien de la cour d’école dont il est question.
Pick, petit compsognathus, est minuscule dans un monde de géants. Il le sait. Il sait aussi qu’il est malin, courageux, plein de ressources. Un anti-héros attachant, lucide sur sa taille, mais solide en amitié.
Face à lui : Rex. Le grand. Le puissant. Celui qui fait peur aux petits. Celui qui se moque, qui joue, qui attrape Pick par la queue, sans même vouloir le dévorer, juste pour rire… quitte à lui faire perdre sa queue comme un lézard. D’ailleurs, ce détail nous a fait réfléchir : un petit dinosaure peut-il réellement perdre sa queue comme certains lézards ? Réalisme scientifique ou liberté poétique ? En tout cas, l’idée interpelle et nourrit la discussion.
Être amis malgré les différences
Au cœur du récit, se mêlent des histoires d’amitié entre dinosaures qui, normalement, devraient se fuir ou se dévorer.
Il y a aussi Liz. Grande, belle, d’une autre espèce. Pick voudrait être son ami… peut-être un peu plus que cela. Puis une petite blessure d’amour — lorsque Pick comprend que Liz préfère un amoureux à sa taille… Une déception douce-amère, très humaine.
Pick devient même ami avec Rex, contre toute attente. Il lui montre qu’on a souvent besoin d’un plus petit que soi : les minuscules compsognathus peuvent lui picorer les insectes sur le dos et lui rendre service. Une morale qui rappelle presque une version dinosaures que d’une fable de La Fontaine…
Et cette phrase, si belle :
« Tu es le premier à avoir compris que l'amitié était précieuse entre les grands et les petits, les grandes et les petites. »
Un bémol, le message contre le harcèlement
Pourtant, je ressors de cette lecture avec un léger bémol.
Oui, l’album aborde un sujet sensible et important : les grands qui impressionnent, qui embêtent, qui se moquent (euphémisme d’un mécanisme de harcèlement que les enfants connaissent parfois trop bien).
Oui, Pick fait preuve de courage. Il tient tête. Il ose parler. Il transforme la situation.
Mais comme souvent dans les histoires, la solution proposée semble être celle-ci : se faire accepter du grand, devenir intéressant à ses yeux, le faire rire…
« Le grand Rex semble me respecter, parce que je le fais rire. »
Une phrase qui peut interroger. Être le bouffon pour avoir la paix ? Se rendre utile pour être toléré ? Rex, lui, ne semble pas vraiment se remettre en question. On peut se demander si son comportement ne se reportera pas ailleurs…





















